Prédication Noël 2013: les bergers
Or, en ce temps-là, parut un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier. Ce premier recensement eut lieu à l’époque où Quirinius était gouverneur de Syrie. Tous allaient se faire recenser, chacun dans sa propre ville ; Joseph aussi monta de la ville de Nazareth en Galilée à la ville de David qui s’appelle Bethléem en Judée, parce qu’il était de la famille et de la descendance de David, pour se faire recenser avec Marie son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva ; elle accoucha de son fils premier-né, l’emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôtes. Il y avait dans le même pays des bergers qui vivaient aux champs et montaient la garde pendant la nuit auprès de leur troupeau. Un ange du Seigneur se présenta devant eux, la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière et ils furent saisis d’une grande crainte. L’ange leur dit : « Soyez sans crainte, car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur ; et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Tout à coup il y eut avec l’ange l’armée céleste en masse qui chantait les louanges de Dieu et disait : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux
et sur la terre paix pour ses bien-aimés. »
Or, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, les bergers se dirent entre eux : « Allons donc jusqu’à Bethléem et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. » Ils y allèrent en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après avoir vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui les entendirent furent étonnés de ce que leur disaient les bergers. Quant à Marie, elle retenait tous ces événements en en cherchant le sens. Puis les bergers s’en retournèrent, chantant la gloire et les louanges de Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, en accord avec ce qui leur avait été annoncé.
Nous nous sommes préparés à accueillir cette Bonne Nouvelle que nous célébrons ce matin. Nous nous sommes préparés en traversant le temps de l’Avent, en allumant chaque dimanche une bougie sur la couronne de l’Avent, comme pour nous rappeler que cette lumière que nous attendions était toute proche de nous. Nous nous sommes préparés à célébrer et fêter Noël en installant le sapin, en prenant le temps d’arranger la crèche, en faisant divers achats, en confectionnant le repas peut-être même encore ce matin, repas qui sera partagé en famille, ou encore en accueillant ce proche qui a fait un long voyage pour venir vivre ce temps d’amour et de partage. Nous avons peut-être l’impression que tout est prêt, que tout est maîtrisé. Mais sommes-nous vraiment disposés intérieurement à accueillir cette espérance qui nous est donnée par la venue du Christ ?
Le récit de la naissance de Jésus tel que nous le raconte l’évangéliste Luc est bien connu. Luc nous présente le contexte de la naissance de Jésus : un recensement pour que les occupants romains puissent mettre en place de nouvelles taxes, de nouveaux impôts. Ce recensement explique pourquoi les auberges sont pleines et que Marie et Joseph ne trouvent pas de place. Ils se réfugient dans une étable à l’abri du froid pour passer la nuit. Histoire connue de l’arrivée de Jésus, histoire que nous accueillons et proclamons chaque année. Luc inscrit l’arrivée du Fils de Dieu dans la banalité du quotidien de l’époque. Une irruption du divin dans la vie quotidienne voilà ce que nous présente Luc.
Mais contrairement à ce que l’on aurait pu s’attendre, l’arrivée de ce sauveur n’est pas annoncée à ceux qui gouvernent la Palestine, à ceux qui sont établis comme des puissants. L’arrivée du Fils de Dieu est bien au contraire annoncée à des hommes qui vivaient en marge de la société, à des bergers. C’est là que le récit de Luc sort de la banalité du quotidien de l’époque et qu’il nous montre que la venue du sauveur s’accompagne d’un bouleversement.
En effet, en faisant des bergers les premiers témoins de la venue du Sauveur, l’évangéliste souligne que dès lors, l’ordre du monde ne sera plus le même qu’avant, mais aussi que celui qu’on attendait rejoint chacun là où il est quelque soit sa place dans la société, quelque soit ses fragilités. Il y a donc un caractère incroyable dans le fait que cette Nouvelle soit adressée aux bergers.
A l’époque de la naissance de Jésus, en Palestine, le métier de berger était méprisé, réservé aux pauvres. Les bergers étaient perçus et considérés par la société comme des voleurs, des gens malhonnêtes. Leurs troupeaux ne leur appartenaient pas, ils n’en étaient que les gardiens. Dans certains textes juridiques, ils étaient classés avec ceux qui étaient privés de droits civils et politiques. Ils étaient alors habitués à se taire, à être regardés de hauts et à vivre loin des habitants du village, dans des champs avec leurs troupeaux.
Mais voilà qu’ils reçoivent cette Nouvelle, voilà qu’ils sont visités par un ange, un messager porteur d’espérance pour eux. Ils reçoivent donc cette Nouvelle indépendamment de leur volonté, on peut dire qu’ils sont presque bousculés dans leur quotidien. Ils sont en plein travail avec leurs troupeaux, quand une lumière arrive vers eux. La nuit s’illumine alors pour eux. Et sans le vouloir, ils vont devenir porteur de cette Bonne Nouvelle.
Cette annonce faite aux bergers nous montre que nous pouvons chacun être porteur de cette espérance. Dieu rejoint chacun là où il est, Il se rend présent auprès de tous. Quelque soit notre parcours de vie, quelque soit nos interrogations ou nos doutes. Il ne vient pas sous condition, sous condition que nous montrions un comportement exemplaire; il n’y a pas non plus une liste de choses à faire. Il vient tout simplement, il se glisse au cœur de nos vies.
Nous sommes alors invités à être à l’écoute de ses messages, de ses messagers qui jalonnent notre chemin, qui sont comme des signes de cette présence de Dieu à nos côtés, tout comme les bergers qui ont écouté le messager, l’ange.
Mais les bergers justement, en voyant cette lumière qui venait vers eux ont eu peur, ils ont eu peur de cette lumière qui est venue changer le cours de leur vie. Ne sommes-nous pas parfois comme les bergers, face au changement n’avons-nous pas peur ? Peur de quitter ce qui nous est familier, de nous mettre en route vers ce qui peut sembler inconnu ?
La lumière des étoiles peut nous faire frissonner, la voix de l’ange ébranle nos convictions les plus profondes. Nous avons parfois de la peine à accueillir cette espérance, à nous laisser prendre par le voyage qui nous est proposé.
Mais nous sommes bel et bien invités à nous mettre en route pour accueillir Celui qui nous offre son amour, à l’image des bergers qui se sont empressés d’aller rencontrer ce nouveau-né. Cet empressement des bergers est digne de la hâte que les enfants ont lorsqu’ils ouvrent leurs cadeaux, impatients, ils ne peuvent plus attendre!
Les bergers comprennent alors que la Parole qui leur a été adressée est aussi bien à voir qu’à entendre. Elle est une parole qui est à la fois acte et réalité. Dans l’étable de Bethléem, ils découvrent alors le signe, ce nouveau-né. Lorsqu’ils l’ont trouvé et reconnu, ils se font eux-mêmes annonciateurs, messagers, témoins de l’événement : « Après avoir vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit au sujet de cet enfant » (v.17). Ils partagent avec d’autres ce qu’ils viennent de découvrir, de comprendre, de réaliser.
Là ces simples bergers sont les premiers parmi tous les pauvres à qui la Bonne Nouvelle est annoncée en priorité et aussi les premiers parmi les disciples qui seront appelés à transmettre cette Bonne Nouvelle au monde entier ! L'évangéliste nous dit : « tous ceux qui les entendirent furent étonnés… »(v.18)
On peut se demander qui sont ses personnes qui recevoir le témoignage des bergers. Dans le récit de Luc, il n’y a pas d’autres personnages que les familiers de la crèche. Personne d’autre, sinon nous tous qui sommes ici pour fêter Noël. Nous tous qui sommes appelés à glorifier Dieu pour tout ce qui nous a été annoncé dans l’Évangile. Nous tous à qui l’Évangile propose de découvrir à la lumière de Noël ce que Dieu vient faire dans notre vie à nous. Nous tous qui sommes invités être des porteurs de cette espérance.
Nous, qui avons découvert à travers l’histoire des bergers, que ce Dieu qui vient vers nous, n’est pas Celui qui réalise tous nos vœux mais Celui qui tient toutes ses promesses. Dieu suscite en nous la joie qui nous fait avancer, afin que nous puissions vivre en accord avec l’espérance de Dieu et la nôtre, dans une plus grande harmonie, dans une profonde réconciliation entre nos envies et nos réalisations. Amen
